Déconfinement : Que faut-il retenir du plan présenté par Edouard Philippe ?

Déconfinement : Que faut-il retenir du plan présenté par Edouard Philippe ?

Le Premier ministre Edouard Philippe a présenté ce mardi 28 avril à l’Assemblée le plan du gouvernement pour le lever du confinement mis en place contre l’épidémie de coronavirus le 11 MAI

Edouard Philippe évoque le déconfinement à l’Assemblée nationale le 28/04 — David NIVIERE / POOL / AFP

  • Pendant une heure, le Premier ministre a détaillé le plan du gouvernement pour lever progressivement le confinement à partir du 11 mai.
  • Edouard Philippe a prévenu que cette date pourrait être remise en question si les indicateurs sur la propagation de l’épidémie de Covid-19 ne sont pas bons.
  • Ce déconfinement sera très progressif, et différencié en fonction des départements plus ou moins touchés. Il s’accompagnera d’une politique de dépistage de personnes présentant les symptômes du virus, avec 700.000 tests virologiques par semaine, dès le 11 mai.

« Voilà donc le moment où nous devons dire à la France comment notre vie va reprendre ». Le Premier ministre a pris la parole ce mardi, à 15 heures, dans l’hémicycle de l’Assemblée à Paris, pour présenter le plan élaboré par le gouvernement pour organiser la levée du confinement instauré le 17 mars pour freiner l’épidémie de coronavirus. Il faut « agir progressivement, adapter localement » le déconfinement, a énoncé Edouard Philippe, qui s’est exprimé pendant une heure. 20 Minutes vous résume les annonces faites par le chef du gouvernement.

Prudence sur la date du 11 mai

Edouard Philippe a d’abord souligné que le confinement instauré dès le 17 mars avait porté ses fruits, engageant une décrue de l’épidémie de coronavirus, et permettant d’éviter 60.000 décès en France, selon une étude (alors que 23.293 personnes sont mortes du Covid-19 au 27 avril, selon le gouvernement).

« Un confinement prolongé au-delà du nécessaire aurait pour la Nation des conséquences gravissimes », économiques et sociales, a-t-il mis en garde, évoquant « le risque de l’écroulement » du pays. Mais « le risque d’une seconde vague est un risque sérieux, il impose de procéder avec prudence, progressivement, sûrement ». Il a d’ailleurs remis en question la date du 11 mai, prévenant que « si les indicateurs ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas ». Quant aux «aînés», il leur est conseillé de rester confinés, mais «il n’y aura pas de contrôle, pas d’attestation de sortie pour les plus âgés d’entre nous».

Un déconfinement différencié

Le déconfinement sera différencié entre les départements « verts », où il sera appliqué largement, et « rouges », où il prendra une forme plus stricte. Pour cela, trois critères seront étudiés le 7 mai pour déterminer dans quel département « la circulation du virus reste active », « les capacités hospitalières en réanimation restent tendues » et « le système local de tests et de détection des cas contacts pourrait ne pas être suffisamment prêt », a précisé le Premier ministre.

« Préférable » de porter un masque

Il est « préférable », dans « de nombreuses circonstances » de « porter un masque ». Mais ce ne sera pas obligatoire, sauf dans les transports publics et au collège.

A partir du 11 mai, il y en aura « assez dans le pays pour faire face aux besoins ». « Progressivement, nous parviendrons à une situation classique, où les Français pourront sans risque de pénurie, se procurer des masques grand public dans tous les commerces », a assuré Edouard Philippe, en invitant les entreprises « à veiller à équiper leurs salariés » et les particuliers « à se confectionner eux-mêmes des masques ».

700.000 tests par semaine

« Protéger, tester, isoler », tel est le triptyque du gouvernement. Pour dépister les cas de Covid-19, il s’appuie sur les hypothèses des scientifiques tablant sur 3.000 personnes contaminées chaque jour. Il a fixé le besoin à 700.000 tests virologiques par semaine, dès le 11 mai.

Edouard Philippe compte faire tester massivement les personnes présentant des symptômes et installer des « brigades » dans chaque département pour identifier leurs contacts. Les personnes positives seront invitées à s’isoler chez elles, ce qui entraînera le confinement de tout le foyer pendant 14 jours, ou dans un lieu mis à disposition, notamment des hôtels réquisitionnés.

Un retour progressif à l’école, au collège (et au lycée ?)

Le Premier ministre a présenté le calendrier de réouverture des établissements scolaires. Les enfants pourront retourner à l’école maternelle ou primaire dès le 11 mai, sur la base du volontariat et dans la limite de 15 élèves par classe. En revanche, les collèges ne seront rouverts qu’à partir du 18 mai, et seulement dans des départements peu touchés par l’épidémie, en commençant par les classes de 6e et de 5e.

« Nous déciderons fin mai si nous pouvons rouvrir les lycées, en commençant par les lycées professionnels, début juin », a-t-il déclaré, alors que les élèves passant un bac général, technologique et professionnel seront évalués cette année uniquement via le contrôle continu. Quant au port du masque, il sera interdit en maternelle, et pour les enfants de moins de 3 ans, «pas recommandé» au primaire, mais obligatoire au collège.

Les crèches vont aussi rouvrir dès le 11 mai, dans la limite de dix enfants maximum par espace et avec port du masque obligatoire pour les professionnels de la petite enfance.

Télétravail pour les entreprises

Edouard Philippe a demandé « avec insistance » aux entreprises de maintenir le télétravail autant que possible. « Personne n’en ignore les contraintes mais celui-ci doit se poursuivre pour limiter le recours aux transports publics et pour limiter plus globalement les contacts ».

Levée progressive pour les commerces

Tous les commerces, sauf les cafés et restaurants, pourront rouvrir à compter du 11 mai mais avec des mesures de protection sanitaire, notamment le port du masque, recommandé pour le personnel et les clients si la distanciation est impossible.

Les préfets pourront néanmoins maintenir fermés les centres commerciaux de plus de 40.000 m2. Pour les cafés et restaurants, le gouvernement statuera « fin mai » pour décider s’ils rouvrent après le 2 juin, a annoncé le Premier ministre. En outre, un commerçant pourra interdire l’accès à son local aux personnes ne portant pas de masque.

Les lieux culturels restent fermés, et les saisons sportives arrêtées

Les grands musées, les salles de cinéma, de concert et les théâtres resteront fermés après le 11 mai, contrairement aux médiathèques, bibliothèques et petits musées qui pourront rouvrir leurs portes.

Côté sport, « la saison 2019-2020 de sports professionnels, notamment celle de football, ne pourra pas reprendre ».

Les transports

Pour limiter la contamination dans les transports publics, le gouvernement veut réduire leur capacité. « Cela veut dire, par exemple, que la capacité du métro parisien sera (…) drastiquement réduite par rapport à sa capacité normale. Qu’il faudra (…) condamner un siège sur deux, favoriser, par des marquages au sol la bonne répartition sur les quais, se préparer à limiter les flux en cas d’affluence », a précisé le Premier ministre.

Dès le 11 mai, « 70 % de l’offre de la RATP sera disponible », a dit Edouard Philippe, appelant les Français qui peuvent télétravailler, ou étaler leurs horaires, à éviter de prendre les transports en commun, de surcroît aux heures de pointe. Le port du masque sera obligatoire.

En outre, les déplacements interdépartementaux ou interrégionaux seront réduits « aux seuls motifs professionnels ou familiaux impérieux, pour des raisons évidentes de limitation de la circulation du virus ». « Nous allons continuer à réduire l’offre, à exiger une réservation obligatoire dans tous les trains – TGV ou non –, à décourager les déplacements entre départements », a-t-il dit, précisant notamment que les Français ne devront pas quitter leur département lors du pont de l’Ascension.

Vous pourrez vous déplacer dès le 11 mai sans attestation, sauf « pour les déplacements à plus de 100 km du domicile, qui ne seront possibles que pour un motif impérieux, familial ou professionnel ».

Interdiction de certains rassemblements

Tous « les évènements qui regroupent plus de 5.000 participants » ne « pourront se tenir avant le mois de septembre ». Cette mesure concerne « les grandes manifestations sportives, culturelles, notamment les festivals, les grands salons professionnels, tous les évènements qui regroupent plus de 5.000 participants et font à ce titre l’objet d’une déclaration en préfecture et doivent être organisés longtemps à l’avance », a détaillé le Premier ministre.

« Les rassemblements organisés sur la voie publique ou dans des lieux privés seront limités à 10 personnes », a-t-il ajouté. Les mairies sont invitées à reporter les mariages, et les cérémonies religieuses restent limitées à 20 personnes.

Quant aux plages, elles resteront « inaccessibles au public au moins jusqu’au 1er juin », tandis que les parcs et jardins « ne pourront ouvrir que dans les départements où le virus ne circule pas de façon active ».

Report du débat sur le sujet sensible du traçage

Sur le projet sensible du traçage des données mobiles StopCovid, « le débat est prématuré » mais lorsque l’application « fonctionnera et avant sa mise en œuvre, nous organiserons un débat spécifique, suivi d’un vote spécifique », a annoncé Edouard Philippe.

Après cette première phase de déconfinement le 11 mai, une nouvelle étape s’ouvrira le 2 juin pour trois semaines, avec de nouvelles mesures qui dépendront du niveau de l’épidémie.